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Omra ou Hajj : invité ou pas encore du Tout miséricordieux.

Posez- vous cette question : Mérite -je L’omra ?

Riches ou pauvres pour hajj et Omra : invités du « Tout Miséricordieux » ou pas ?

Visiter les lieux saints: on vous dit pourquoi.

Beaucoup de musulmans dans le monde se posent cette question: quand aurai-je la chance d’aller à Médine et à La Mecque ?
Une phrase anodine est souvent répétée du matin au soir sur les chaînes nationales des pays arabes à chaque fois que l’on diffuse des images des lieux saints: les invités du Tout Miséricordieux !

Peu d’initiés en connaissent le vrai sens: croyants pratiquants ou non, riches, de classe moyenne ou nécessiteux, l’envie de faire ce voyage spirituel ne manque à personne, mais encore faut-il avoir votre « invitation du Tout Miséricordieux ».
Alors, la question à un milliard de dollars: pourquoi n’y aller que si le Créateur vous y invite ?

L’avant-voyage: Omra ou Hajj

De drôles d’idées, qui ne sont pas vraiment drôles, vous envahissent avant ce voyage divin: et si je mourais là-bas ? Qui s’occupera de mes enfants et de ma petite famille ? Qui gérera mes biens en mon absence ? Que changera vraiment ce voyage pour moi ?
Une fois les préparatifs de ce périple joyeux et unique terminés, vient l’heure du départ.

L’arrivée dans la ville du Prophète, Salla Allaho Alayhi Wa Sallam

Beaucoup de commandants de bord saoudiens vous confirmeront ceci: l’aéroport de Médine est l’un des plus dangereux en termes d’atterrissage. La ville se trouve au milieu de montagnes volcaniques et de reliefs ignés, une des caractéristiques du grand Hedjaz arabe.
L’aéroport d’Al Madina est doté d’une ambiance sereine où l’on vous accueille avec ce premier mot de bienvenue: bonne arrivée Haj, bonne arrivée Hajja. Ça y est, le ton est donné, l’immersion se fait automatiquement sur cette terre bénie.

La proximité avec le Messager de Dieu

La légèreté et précipitation vous envahissent dès votre arrivée à l’hôtel: on oublie le décalage horaire ou la fatigue du voyage, et une foulée vous suffit pour aller, à quelques mètres, effectuer votre première prière dans la mosquée du Prophète. Des sensations et des sentiments de transe vous habitent tout de suite et vous procurent une thérapie extrêmement rapide de bien-être: vous êtes à quelques pas seulement de la tombe du dernier Messager de Dieu. Oui, lui aussi est sous terre, et vous traversez le couloir pour le saluer, lui et ses deux premiers califes: Abou Bakr et Omar. Quelle adrénaline explosive vous transperce quand vous apprenez qu’en disant « Salam Messager de Dieu », il vous répond avec votre prénom ! Rien que ce moment vaut tout l’or du monde.
Votre séjour à Médine et vos cinq prières dans « Al Masjid An-Nabawi » vous placent derrière les imams de la mosquée, et une question vous taraude l’esprit: ces hommes, ces imams, qui récitent les versets coraniques du Prophète, derrière sa tombe, que peuvent-ils bien ressentir ? Ils sont en train de prononcer des versets alors que le Messager est juste devant eux, à quelques mètres. Ont-ils peur de mal prononcer un mot ? Le Prophète est-il content de leurs paroles et de leurs récitations ? Sont-ils à la hauteur de sa personne ? Bref, vous êtes transporté vers d’autres cieux dans un espace réduit.
Tous les musulmans du monde prient pour leur Prophète à des milliers de kilomètres, vous y croyez fortement, et là, vous vous retrouvez à distance zéro avec le bienfaiteur de l’humanité.
Vos nuits dans les hôtels de Médine ne vous empêchent pas d’avoir cette pensée: vous allez dormir, alors que le plus proche des Messagers de Dieu est sous terre, juste devant vous !

Le commerce à Médine est assez particulier: des taxis vous proposent des courses gratuites vers un mall, aller et retour. Un centre commercial type Primark, l’enseigne irlandaise, ou Action, l’enseigne hollandaise: des articles à bas prix et des marchandises « low cost ». Ce qui étonne, c’est la formule établie: les chauffeurs de taxis sont payés au nombre de courses et non à la commission sur les achats. D’ailleurs, vous pouvez repartir vers votre hôtel gratuitement sans avoir rien acheté. J’adore ce procédé: halal, transparent et en harmonie avec le lieu.

Le voyage vers La Mecque depuis Médine

Beaucoup de récits en arabe et dans toutes les langues ont été écrits sur La Mecque. Mon préféré est « Le chemin vers La Mecque » de Mohammad Asad (de son vrai nom avant sa conversion à l’islam: Leopold Weiss), publié en 1954.
L’exil de notre Prophète Mohammad, Salla Allaho Alayhi Wa Sallam, de La Mecque vers Médine, vous interroge forcément, que vous effectuiez le trajet en TGV, en bus ou en berline privée: alors que la climatisation vous berce dans un confort absolu, les images extérieures d’une nature désertique vous replongent en l’an 622 de l’ère grégorienne. À travers ces sables et ces oasis, les compagnons du Messager ont supporté vents, tempêtes et surtout chaleurs torrides pour nous transmettre une religion: notre Islam. Le hadith (tradition prophétique) nous apprend que le Messager de Dieu, tout au long du périple sur sa chamelle, a été protégé par un nuage bas contre la canicule du désert.
L’approche vers La Mecque, vers la maison de Dieu, vous laisse pensif: après avoir été l’invité du Messager, nous voici proches de la maison de son Commanditaire, notre Créateur: La Mecque !
Tous les témoignages vous confirmeront ceci: les paysages sont plus denses en termes de monts volcaniques, des quartiers périphériques choquants: insalubres et modestes, poussiéreux et anarchiques. Que vous importe ! Vous n’êtes pas là pour juger les Saoudiens !

La Mecque

L’arrivée par le boulevard Ibrahim Al Khalil ou un autre vous réduit à néant: après 460 km depuis la ville du Prophète, vous voici, depuis la mosquée de Aïcha, dans le Haram: le lieu le plus saint sur terre, entre 400 800 mètres carrés (40 hectares), mais qui peut atteindre jusqu’à 1,2 million de mètres carrés en comptant les vastes projets d’extension récents.
Êtes-vous privilégié d’être là ? Oui. Avez-vous mérité votre invitation du Tout Miséricordieux ? Oui.
Vous sentez que vous êtes réduit à néant avec votre linceul d’ihram blanc depuis Abyar Ali en périphérie de Médine ? C’est normal, car vous débarquez au milieu d’une marée humaine venue du monde entier. Le premier sentiment qui vous envahit: le jour du Jugement dernier y ressemblerait-il fortement ? Vous avez raison.
Et puis, vous perdez votre valeur humaine, en termes matériels, j’entends. Les rituels du tawaf (les sept tours autour de la Maison Noire), la prière derrière « Al Maqam Al Ibrahimi » (où sont exposées les traces des pieds du Prophète Ibrahim, pour nous, Abraham pour les autres religions monothéistes), boire l’eau bénie de Zamzam (pour les non-musulmans, cherchez l’origine et la bénédiction divine), les sept allers-retours entre Safa et Marwa, et enfin le passage chez les coiffeurs pour compléter votre « Omra », vous voilà ! Vous venez d’accomplir la moitié des rituels du pèlerinage « Hajj ». Il ne vous manque que: la montée vers Arafat, la nuit à Mina, la lapidation des stèles et enfin le sacrifice du mouton ou équivalent.

Les premiers pas dans l’enceinte du Haram Al Makki sont un moment que je n’ose personnellement décrire: emporté par la foule, La Mecque, maison de Dieu carrée, est d’une extase extrême et indescriptible !
Les milliers de pèlerins en « ihram blanc », et je n’ai jamais vu quelqu’un le perdre et révéler son intimité, c’est une chose incroyable.

Les autres choses à La Mecque

Les bâtiments imposants devant et aux alentours du Haram: le complexe hôtelier et commercial du Roi Abdelaziz ( un wa9f) dont le coût dépasse les 15 milliards de dollars, les bâtiments royaux adjacents au Haram, ainsi que les milliers de travailleurs « bangladais » à majorité, dont les regards sont avides, errants et misérables, ne doivent pas vous détourner de votre séjour d’adoration et  doivent vous éloigner de tout esprit critique sur le pourquoi et le comment. Comme aussi la propreté dans les ruelles de La Mecque ou les commerces à bas prix des souvenirs à ramener qui « ruralisent » les lieux saints: tout ça est l’œuvre du diable ! Il veut faire de vous un critique de dernière heure et vous détournera de votre mission de lavage de vos péchés.

Alors, priez pour être invité par le Tout Miséricordieux ! Que vous soyez riche ou non, ce voyage se mérite.
À suivre, un jour, pour un livre plus complet.

Samir Berhil

Samir Berhil – Expert OMT( organisation mondiale du tourisme) , guide accompagnateur touristique et conférencier confirmé, correspondant en Europe du Canard libéré,il signe aussi pour The Nomad des analyses éclairées sur les transformations du secteur au Maroc et à l’international.

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