
L’ascension vers Jbel du darih Moulay Abdesslam :
Pendant des décennies, j’ai hésité à visiter le mont Alalam où est enterré le « Qotb» ( un érudit « pôle) Moulay Abdessalam. Ayant parcouru le Maroc de fond en comble, et ne me reste que Laayoune comme ville importante, l’ascension vers le tombeau de Moulay Abdesslam était écrite pour cette période de ma vie .
Route sinueuse longtemps décrite comme vertigineuse m’a semblé un périple plaisant et agréable au milieu d’une végétation de chênes vert , de buissons et plantes sauvages , sauf pour des moyens de locomotion vieillissants les 500 derniers mètres vers le site .
Niché à presque 1400 mètres d’altitude, la tombe de Moulay Abdesslam a une vue d’ensemble impressionnante sur toute la région : on y voit d’un côté, Chefchaouen, de l’autre, Tanger, Assilah , larache et même ksar Elkbir .
Je n’ai pas lu les nombreux ouvrages du grand Abdellah Tlidi avant de venir , lui qui a été par excellence le vrai biographe de Moulay Abdesslam ibn mchich et surtout celui qui a cerné son arbre généalogique ( sa descendance directe avec Moulay Idriss premier et donc la famille du prophète Mohammed que dieu le bénisse ) Outre son expertise pour retracer la relation du maître avec son disciple : celle de Moulay Abdessalam avec son élève Abou Al Hassan Acchadili .
Ce qui étonne à l’arrivée au point ultime devant le siège de la commune de Tazroute , c’est la présence de nombreuses tombes aux alentours du tombeau du “ Rawt” ( Une distinction ultime d’un érudit soufi ) avec des dimensions étonnantes, malheureusement laissées sans protection.
Il faut marcher encore en montant une centaine de mètres avant d’arriver devant un panneau écrit en arabe : merci de vous déchausser et ne pas faire de photos .
Devant vous , un arbre centenaire, un chêne vert ( chêne tauzin ou chaîne zen ) se dresse majestueusement alors que vous marchez pieds nus sur un sol couvert de plusieurs couches d’écorces de chêne liège, plantées ici depuis des siècles et remplacées tous les presque 7 ans , selon les dires de la population.
La tombe de Moulay Abdessalam, et c’est une grande surprise pour moi , est entourée de simples pierres peintes avec de la chaux, supplantée par cet arbre magnifique de chêne liège, dit-on planté, 200 ans après l’assassinat de Moulay Abdesslam ben mchich , sur ordre d’un autre érudit de Marrakech : Moulay Abdellah Elguezwani .
Le visiteur apprend que Moulay Abdessalam est enterré au côté de son fils , son serviteur ( même enceinte) et à quelques mètres son petit fils .
Les témoignages des habitants et « chorfas » :
Comme partout autour des mausolées et tombeaux de personnages mystiques, la tradition orale «( poussée ) prend le dessus .
Pour Abdessalam Elkharraz , un des « mokaddems « du site , Moulay Abdesslam a quelques similitudes avec notre prophète : né et mort un lundi et à 63 ans …
Pour abdelouahhab mchich : l’ordre d’assassiner le « Chrif » Moulay Abdesslam était venu directement du Vatican à l’époque en confiant cette mission à un bandit de la région , un certain Taouijni , sans avoir eu beaucoup de mal avant de localiser Moulay Abdessalam et l’achever .
Pour le jeune Khalid , un des descendants du personnage soufi , la population est en combat permanent avec les charlatans qui viennent surtout pendant le moussem de Moulay Abdesslam ( première semaine de juillet de chaque année ) : des pratiques païennes et de voyances sont malheureusement monnaie courante. Khalid , comme beaucoup de ses pairs n’a pas fini ses études, et vit essentiellement grâce aux dons envoyés de manière inédite via les plateformes d’envoi d’argent : il organise devant la tombe de Moulay Abdesslam des « live « de tolbas pour des connaissances ou visiteurs à distance , sollicitant la bénédiction du «Qotb » .
Un don royal est envoyé chaque année , et selon la population et les « tolbas » : des 100.000 dhs remis , le mokaddem nous confirme qu’ils n’ont le droit qu’à 20.000 dhs à partager entre 2000 familles et 500 chefs de famille( une subdivision de 11 parts difficile à cerner ) … dire que seules des miettes leur arrivent… On dénonce des personnes influentes , qui partagent le « pactole « même avec des familles venant des autres villes …. : difficile à en juger..
Cependant, une demande pressante et légitime accompagne les témoignages : revenir à l’élection d’un « Big Mokkadem « comme à l’époque du père de Monsieur Baraka ( Baraka est le directeur du festival « Mata « ) . Et surtout faire face à l’affût des « outsider du moussem « , charlatans et manipulateurs.
La force de la culture locale :
Touts les récits des anciens attestent de la présence avant Moulay Abdesslam de populations amazigh, surtout de souss .
Selon certains , pendant une certaine époque, une invasion de moustiques avait contraint cette population à vouloir fuir , et avant de partir , ils demandèrent à Moulay Abdesslam l’autorisation : celui ci leur a donné en leur promettant que tous leurs biens et trésors seront bien préservés. Et on raconte, que jusqu’à présent, des « pèlerins « venus du grand sud ouest marocain , viennent d’une manière discrète, se mélanger à la population , séjournant des jours et des semaines, avant de déterrer « les trésors « de leurs ancêtres ( grâce à des calculs et codes très complexes) avant de disparaître.
Les langues se délient quand on fait une immersion dans la réalité locale . Selon certains, pendant la crise sanitaire corona , les visiteurs du site ne se sont jamais arrêtés, et les gens vivent toujours d’une manière ou d’une autre des bienfaits de la présence de Moulay Abdesslam, leur protecteur.
Certaines convictions sont partagées par tout le monde : ici au jbel Alalam , ne peuvent y accéder que les personnes de bonne foi , avec une âme pure et fatalistes .
Il est vrai que des étrangers du monde entier y font escale : des groupes indonésiens , malaisiens ou du moyen orient , en passant par des convertis ( j’ai vu moi même une famille espagnole convertie avec enfants visiter le lieu et solliciter les prières des tolbas ) .
Enfin , un seul bémol, et selon mon compagnon de voyage, un monsieur de plus de 70 ans , fils de la région , les années 60 , 70 et 80 , les plasmodies coraniques autour de la tombe de Moulay Abdesslam, étaient sans arrêt vingt quatre heures sur 24 et ce n’est plus le cas de nos jours.
Aujourd’hui, se réveiller tôt pour accomplir sa prière de l’aube dans la petite mosquée du village ou dans celle adjacente à Moulay Abdesslam est une belle déception … aucune âme vivante à cette heure de la journée…
Rendez vous, peut être inchallah pendant le « Moussem » ( le festival de Moulay Abdesslam) pour une pause mystique au milieu de la foule , en espérant que les autorités, les prochaines années puissent élire un « vrai Mokaddem » des lieux et éviter la dispersion des petits groupes de « tolbas » vivant de la générosité des visiteurs.
