Loisirs et Bien-être

Maroc de l’Amour : vous êtes sûrs ?

Ces gens-là et nous…

Quand tu te retrouves dans les salles d’embarquement des aéroports marocains, tu ne peux t’empêcher de faire cette réflexion :

Quelle chance nous avons, nous qui sommes dans ces halls en zone internationale, alors que quelques mètres derrière les vitres des douanes et de la police des frontières, une autre frange de la population nous observe, nous fait des coucous et vit une frustration impossible pour nous à comprendre…
Cette séparation physique, mesurable, est source de malaise pour certains et source également de tristesse profonde pour d’autres.

Notre Maroc est le champion des contradictions : tu peux voyager en ligne à grande vitesse dans le confort le plus absolu et traverser des zones de détritus à perte de vue. Tu peux accéder aux tramways de Casablanca et Rabat, en passant de Casablanca Financial City aux quartiers populaires de Sidi Bernoussi ou Sidi Moumen en moins de 45 minutes, tout en contemplant les beaux quartiers de l’Agdal et du centre-ville de Rabat, et finir en périphérie de Salé dans un décor de western.

L’image où la métaphore se mélange à la réalité est flagrante chez nous.

Comment empêcher un sentiment d’envie, de décalage, qui peut engendrer un autre sentiment plus fort : la détestation de l’autre ?

Quand on se balade dans les souks de nos campagnes, au jbel comme en plaines, on est très loin de nos cocktails en rooftop ou au Sky 28 des Twin Center Casablanca . Très loin aussi des salons huppés de la Villa Joséphine Tanger ou du luxe somptueux du Royal Golf Dar Es-Salam Rabat .

Notre foi et notre croyance nous ont appris que l’acceptation de la richesse ou du bien-être des uns est synonyme de la présence de la pauvreté et de la détresse des autres, oui, mais…

Bien des chemins, on en a parcouru pour notre Maroc. Mais croyez-moi, à chaque fois que je prends la « Lancia » de Tanger vers Tarifa ou en escaladant les marches de Ryanair, je ressens un malaise profond : pourquoi pas les autres ?

Après, on ne peut être surpris de cette violence intra-populaire entre les jeunes des quartiers eux-mêmes, ni de cette criminalité dévastatrice qui envahit nos villes. Que faire ?

Donner plus de liberté de circulation à toute notre population ? Les hisser au rang des Qatariens ou Émiratis pour voyager librement et partout ?

Connaissons-nous assez bien nos jeunes, nos femmes divorcées, nos chômeurs, nos délinquants ?
Comment leur venir en aide ? Quand pourrions-nous leur offrir ce moment de liberté dans une salle d’embarquement et voler vers tant d’horizons ?
Ce malaise-là est récurrent et trop pénible à vivre…
Bonne journée.
SB, quelque part dans le monde des uns et pas des autres…

Samir Berhil

Samir Berhil – Expert OMT( organisation mondiale du tourisme) , guide accompagnateur touristique et conférencier confirmé, correspondant en Europe du Canard libéré,il signe aussi pour The Nomad des analyses éclairées sur les transformations du secteur au Maroc et à l’international.

2 commentaires

  1. Très bel article :) Touchant, triste mais réel.
    En regardant le Maroc d’un œil étranger, on est souvent émerveillé devant le luxe, mais une fois que la vérité est révélée, on se demande comment on a pu profiter de tous ces trésors au détriment des locaux qui se battent chaque jour pour se permettre un toit sur la tête et un morceau de pain sur la table.
    Les inégalités sociales sont bel et bien présentes, partout pas qu’au Maroc. Même les plus grandes puissances mondiales souffrent de ce problème émanant d’un mauvais système; un système qui n’a pas su protéger les plus vulnérables, un système qui accorde plus aux plus riches, un système qui accentue les écarts de revenu divisant la population et créant des tensions au sein d’une même communauté. C’est pourquoi on doit investir dans les prochaines générations, celles qui sauveront le pays. Il nous faut de bons politiciens, de bons analystes et de bons leaders. Il nous faut plus de bonnes personnes pour lutter contre la corruption qui ne fait qu’empirer les inégalités socio-économiques.
    Il faut savoir distinguer entre pauvreté et inégalités c’est clair, mais ce ne sont pas deux notions complètement indépendantes. Pour réduire les inégalités, il faut d’abord réduire la pauvreté. Et pour cela, il faut des politiques publiques basées sur des faits réels, des statistiques qui ne sont pas faussées et qui doivent privilégier les plus démunis et les plus vulnérables: des transferts d’argent, des impositions proportionnelles au revenu, des aides monétaires consistantes, etc. Toutes ces politiques peuvent avoir un réel impact, mais il reste à voir si, effectivement, elles fonctionneront à travers des évaluations, et si elles ne créeront pas plus de tensions.
    En attendant un meilleur système privilégiant l’équité des parts du gâteau à la taille du gâteau, faisons de notre mieux pour aider les moins chanceux et de prendre conscience de la réalité dans laquelle nous vivons, sans pour autant être misérable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer

Soutenez The Nomad

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicités.

👉 En désactivant votre AdBlock pour The Nomad, vous contribuez directement à :

  • soutenir un journalisme indépendant,

  • valoriser des récits authentiques du voyage,

  • donner de la visibilité aux initiatives locales et humaines qui façonnent le tourisme de demain.

💡 La publicité sur The Nomad est discrète, non intrusive, et pensée comme un levier pour continuer à produire du contenu de qualité, libre et inspirant.

Merci de faire partie de cette aventure.