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Tamuda Bay face à la saisonnalité : mobilité, attractivité et vision collective

Chamal n’est pas une saison

Dans l’imaginaire collectif marocain, un mot suffit souvent à résumer toute une région : Chamal.
Et Chamal, pour beaucoup, c’est l’été. La mer, le soleil, les plages de M’diq, Fnideq, Martil et Tamuda Bay pleines à craquer en juillet et août… puis le calme presque total le reste de l’année.

Cette perception n’est pas anodine. Elle révèle un problème structurel profond : la saisonnalité extrême du tourisme dans le nord du Maroc. Une réalité que nous connaissons tous, mais que nous avons trop longtemps acceptée comme une fatalité.

Aujourd’hui, l’activité touristique se concentre sur une période très courte. Deux mois où tout s’emballe — taux d’occupation élevés, consommation intense, emplois saisonniers — suivis de longues périodes creuses durant lesquelles les hôtels, les infrastructures et même les talents restent sous-exploités.
Ce modèle fragilise l’économie locale, limite la rentabilité des investissements et empêche toute vision durable à moyen et long terme.

La région a longtemps reposé sur une promesse unique : le balnéaire. Soleil et plage ont fait le succès de Tamuda Bay, mais ce modèle atteint désormais ses limites. Une destination ne peut plus vivre uniquement de l’été, surtout dans un contexte où les habitudes de voyage évoluent, où les courts séjours, les week-ends et les expériences thématiques prennent de plus en plus d’importance.

Et pourtant, le potentiel est là. Immense.
Tétouan, sa médina classée, sa culture, son histoire.
Le Rif et ses montagnes, propices au tourisme de nature et d’aventure.
La gastronomie, le sport, le bien-être, les événements culturels.
Autant de leviers encore insuffisamment structurés et commercialisés pour créer une vraie dynamique quatre saisons.

Mais on ne peut parler d’attractivité sans évoquer un facteur déterminant : la mobilité.
Un projet comme le TGV jusqu’à Tétouan, s’il voit le jour, pourrait changer radicalement la perception de la région. Il rapprocherait Tamuda Bay des grands centres urbains du pays et encouragerait une nouvelle forme de consommation touristique : les escapades de week-end, les courts séjours, les voyages spontanés.
C’est souvent ce type de détail structurel qui transforme une destination saisonnière en destination régulière.

La connectivité aérienne joue également un rôle clé.
L’aéroport de Tétouan dispose déjà de liaisons directes avec certaines capitales européennes, mais son potentiel reste largement sous-exploité. Davantage de fréquences, plus de destinations, une meilleure coordination avec les acteurs touristiques pourraient permettre d’attirer une clientèle internationale tout au long de l’année, et non uniquement en haute saison.

Mais attirer des visiteurs ne suffit pas. Encore faut-il leur donner des raisons de rester et de revenir.
Une destination vivante, attractive et compétitive doit offrir bien plus que des hôtels et des plages. Elle a besoin de véritables pôles d’animation : centres commerciaux modernes, grandes marques internationales, espaces de loisirs, de divertissement et de culture. Ce sont aujourd’hui des éléments déterminants dans le choix d’une destination, aussi bien pour les touristes que pour les investisseurs.

Dans cette équation, le rôle de la CRI – Centre Régional d’Investissement est fondamental.
La sortie de la saisonnalité ne peut pas reposer uniquement sur des initiatives isolées. Elle nécessite une vision régionale structurée, construite en concertation avec les professionnels du tourisme, les opérateurs privés, les collectivités locales et l’ensemble des parties prenantes.

La CRI a un rôle stratégique à jouer en animant cette concertation et en élaborant une véritable banque de projets : des projets réalistes, bancables et alignés avec les besoins réels du territoire. Des projets capables d’attirer des investisseurs tout en répondant à un objectif clair : créer de l’activité touristique, économique et sociale tout au long de l’année.

Enfin, les acteurs du secteur — et en particulier les hôteliers — doivent aller au-delà de la logique purement concurrentielle.
La région gagnerait énormément à fédérer ses forces autour d’initiatives communes : événements nationaux ou internationaux, salons professionnels, forums touristiques réunissant agences de voyages, tour-opérateurs, guides, investisseurs et institutionnels. Une destination ne se vend pas établissement par établissement, mais à travers une vision collective cohérente.

Le véritable enjeu aujourd’hui est donc de changer le récit.
Faire en sorte que Chamal ne soit plus uniquement synonyme d’été, mais devienne une destination vivante, accessible et attractive toute l’année.
La région du nord a tous les atouts pour réussir cette transition. Ce qu’il lui faut désormais, c’est une stratégie claire, une meilleure mobilité, des projets structurants… et surtout, une volonté collective d’imaginer Tamuda Bay au-delà de juillet et août.

Le futur de la région se construit maintenant — et il ne doit plus être saisonnier

Samri Anass

Directeur Adjoint et opérationnel de Kabila Hotel & Spa Passionné du secteur du tourisme et de l'expérience clientèle.

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