ActualitésAfrique

Guerre froide maghrébine, ou l’art de se tirer une balle dans le pied

Le conflit entre le Maroc et l’Algérie n’est plus une querelle figée dans les archives diplomatiques. Il est devenu une guerre de l’image, une bataille moderne où les mots, les narratifs et les perceptions comptent davantage que les frontières physiques. Une guerre silencieuse, mais aux conséquences très concrètes.

Contrairement à ce que certains discours tentent d’imposer, le Maroc n’a jamais cherché à affaiblir l’Algérie ou son image. Il n’a jamais bâti sa stratégie sur la déstabilisation de son voisin. Sa ligne est restée constante, assumée, lisible : ouverture, coopération, stabilité régionale. Cette position est incarnée au plus haut niveau de l’État. À plusieurs reprises, Sa majesté le roi Mohammed VI a publiquement tendu la main au peuple algérien, rappelant que l’histoire commune dépasse les crispations politiques.

En face, une autre dynamique s’est installée. Une dynamique de ciblage médiatique répété, de discours anxiogènes, de tentatives de discrédit à l’international visant explicitement le Maroc, notamment sur les terrains où il a gagné en visibilité : diplomatie proactive, attractivité économique, tourisme, soft power. Cette stratégie ne cherche pas à construire une Algérie forte par elle-même ; elle cherche surtout à freiner l’ascension marocaine.

Mais le monde ne fonctionne pas ainsi. La géopolitique contemporaine est froide, pragmatique, implacable. Elle ne récompense ni l’obsession ni la confrontation permanente. Elle valorise la stabilité, la capacité à coopérer, la lisibilité stratégique. À force de projeter une image de tension et de rupture, ce n’est pas le Maroc qui apparaît isolé — c’est l’Algérie qui donne le sentiment d’un pays enfermé dans un logiciel ancien, en décalage avec les nouvelles dynamiques régionales et mondiales.

Le tourisme révèle cette réalité avec une brutalité particulière. Aucun secteur n’est aussi sensible à l’image, à la confiance et à la perception du risque. Le touriste international ne dissèque pas les discours officiels ; il perçoit une région. Et lorsqu’une frontière reste fermée pendant des décennies, lorsqu’un climat conflictuel domine les récits, c’est tout le Maghreb qui devient moins fluide, moins attractif, moins compétitif. En croyant nuire à l’image du Maroc, l’Algérie se prive elle-même d’un levier majeur de développement, d’emplois, d’investissements et d’ouverture.

Cette stratégie a aussi un coût symbolique. À l’heure où l’Afrique devient un espace central des recompositions économiques mondiales, où les puissances cherchent des partenaires fiables et prévisibles, persister dans une logique de confrontation régionale revient à accumuler les occasions manquées. Le monde avance. Les blocs se forment. Les chaînes de valeur se régionalisent. Ceux qui restent immobiles sont relégués.

Pourtant, le potentiel d’un autre scénario est immense. Un Maghreb apaisé ne serait pas un slogan naïf, mais une force économique et géopolitique majeure. Coopérations touristiques transmaghrébines, complémentarité des destinations, hubs aériens régionaux, stratégies communes en import-export, logistique, énergie, culture. Ensemble, le Maroc et l’Algérie pourraient peser lourdement sur l’échiquier méditerranéen et africain. Séparés, ils restent en dessous de ce qu’ils pourraient être.

Le monde n’est plus dans l’attente, il est dans l’accélération. Les équilibres se déplacent, les alliances se recomposent, et les régions capables de transformer leurs rivalités en leviers de coopération prennent une longueur d’avance. Dans ce mouvement global, persister dans des logiques de confrontation figées revient moins à résister qu’à s’exclure progressivement des dynamiques gagnantes.

L’histoire récente montre que les nations qui progressent ne sont pas celles qui s’acharnent à bloquer le mouvement, mais celles qui savent le lire, l’anticiper et l’orienter. Le Maghreb dispose de tous les ingrédients pour devenir un espace d’influence, de prospérité et de circulation. Reste à savoir qui choisira de regarder vers l’avant, et qui préférera continuer à regarder dans le rétroviseur.

Un sage un jour a dit : il faut piloter le changement au lieu de le subir…

Leila Zergouttni

Leila Zergouttni est une écrivaine marocaine de 35 ans, dont la plume explore les territoires, les identités et les mutations du Maroc contemporain avec finesse et profondeur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer

Soutenez The Nomad

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicités.

👉 En désactivant votre AdBlock pour The Nomad, vous contribuez directement à :

  • soutenir un journalisme indépendant,

  • valoriser des récits authentiques du voyage,

  • donner de la visibilité aux initiatives locales et humaines qui façonnent le tourisme de demain.

💡 La publicité sur The Nomad est discrète, non intrusive, et pensée comme un levier pour continuer à produire du contenu de qualité, libre et inspirant.

Merci de faire partie de cette aventure.