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Le Maroc, puissance méconnue du tourisme hivernal

On parle souvent du Maroc comme d’une destination soleil. Plages, désert, médinas, lumière. Mais rarement comme d’un pays d’hiver. Et pourtant, chaque année, sans faire de bruit, le Maroc se couvre de neige sur des superficies que beaucoup de pays dits « références » en tourisme hivernal pourraient nous envier.

Ce n’est ni une métaphore ni un effet de style. Lors des bonnes saisons, les montagnes de l’Atlas enregistrent des chutes de neige sur près de cinquante mille kilomètres carrés. À titre de comparaison, la superficie totale de la Suisse avoisine quarante et un mille kilomètres carrés. Autrement dit, le Maroc dispose naturellement d’un territoire enneigé plus vaste que celui de l’un des symboles mondiaux du tourisme de montagne. Cette réalité géographique, pourtant factuelle, reste largement absente du débat public et des stratégies touristiques nationales.

Le paradoxe est là. Nous possédons la matière première, mais nous continuons à la regarder fondre, année après année, sans réellement la transformer en valeur économique, sociale et territoriale. Pire encore, lorsque nous avons tenté de structurer une offre de montagne, nous l’avons souvent fait en cherchant à copier des modèles extérieurs, à commencer par l’esthétique européenne. Toits en tuiles rouges, urbanisme standardisé, villages pensés comme des cartes postales alpines importées. Comme si, pour exister, la montagne marocaine devait ressembler à autre chose qu’elle-même.

Or le voyageur d’aujourd’hui ne traverse pas les continents pour retrouver ce qu’il connaît déjà. Il cherche une expérience, une identité, une histoire à raconter. Il veut voir le Maroc, même — et surtout — sous la neige. C’est là que réside notre véritable avantage comparatif.

Imaginer le tourisme hivernal marocain, ce n’est pas bâtir une nouvelle Suisse en Afrique du Nord. C’est révéler l’Atlas tel qu’il est, en le projetant dans une modernité assumée. Cela peut passer par la création de nouvelles stations, mais aussi, et peut-être surtout, par la réhabilitation intelligente des douars existants, transformés en villages touristiques vivants, intégrés à leur environnement, connectés, accessibles et porteurs de revenus durables pour les populations locales.

L’architecture joue ici un rôle central. Elle ne doit pas être un simple décor, mais un langage. Des toitures en tuiles vertes inspirées du patrimoine marocain, rappelant celles de Fès et de ses médersas, offrant un contraste saisissant avec le blanc de la neige. Des hôtels, des lodges et des chalets construits avec la pierre locale, le bois sculpté, le zellige revisité dans une lecture contemporaine. Une esthétique capable de produire des images fortes, immédiatement identifiables, uniques au monde. Le visiteur ne dirait plus « j’ai vu la montagne », mais « j’ai vu le Maroc sous la neige ».

Cette vision ne peut toutefois réussir sans un autre pilier fondamental, souvent négligé : le couvert forestier. Beaucoup de zones de l’Atlas ont souffert d’une dégradation progressive de leur environnement. Pourtant, l’eau est là, la neige fond chaque année, les conditions naturelles sont réunies. Ce qu’il manque, c’est une véritable ambition collective en matière de reboisement. Replanter massivement, protéger les sols, reconstruire des écosystèmes durables, ce n’est pas seulement une démarche écologique. C’est un investissement touristique, paysager et économique à long terme.

Chaque hiver, ce « pétrole blanc » fond et disparaît sans créer la richesse qu’il pourrait générer. Bien exploité, il pourrait pourtant transformer en profondeur des régions entières : désenclaver des territoires oubliés, créer des milliers d’emplois directs et indirects, installer un tourisme quatre saisons et repositionner le Maroc comme une destination hivernale crédible, singulière et profondément différente.

Ce débat dépasse largement la question du tourisme. Il touche à l’aménagement du territoire, à la justice spatiale, à l’identité architecturale et à la place que nous voulons donner à nos montagnes dans le récit national. Le potentiel est là, intact, silencieux, patient. Il attend une vision, des décideurs audacieux, des investisseurs éclairés et des architectes capables de penser marocain, sans complexe.

Le Maroc n’a pas besoin d’imiter pour séduire. Il lui suffit d’assumer ce qu’il est, jusque dans la neige.

 

Oukaiemden

Ait ben Haddou

Samri Anass

Directeur Adjoint et opérationnel de Kabila Hotel & Spa Passionné du secteur du tourisme et de l'expérience clientèle.

Un commentaire

  1. Plusieurs villes et régions de notre Maroc deviennent véritablement des paradis hivernaux …Mais (parce qu’il y a toujours un mais 😁) ..ces zones restent souvent sauvages et difficiles d’accès… en raison de l’absence quasi totale des services permettant aux habitants et aux visiteurs de profiter d’un séjour confortable et sécurisé…Les zones enneigées connues comme la Oukaimden, le mont Toubkal, Imilchil, Anefgou, Khnifra, Ifrane, Michlifen, Hebri, Jbel Layachi et leurs environs ce sont des espaces que vous ne trouverez nulle part dans tout le continent africain
    ..part ailleurs. Malgré leur beauté, ces zones présentent plusieurs difficultés…routes ou pistes quasi absentes ou mal entretenues…isolement et manque de connexions avec le reste du monde entier…hébergements très limités …absence de services essentiels et d’infrastructures de sécurité..sans même pas parler des accès particulièrement difficile pendant l’hiver pour arriver ces stations ..avant de développer un tourisme hivernal viable..il faut d’abord qu’il soit vivable …avant de créer une attractions..il faut réintégrer les gens qui sont encore au stade primaire….et dans certains conditions des primates …Il est indispensable d’avoir des idées claires et réalistes… des investissements sérieux… une coordination organisée et sérieuse entre l’état et le secteur privé.
    Je vois qu’il est n’ peu tôt ou tard 😅de parler de tourisme hivernal sans routes praticables, services d’urgence, sécurité et un minimum de confort pour les habitants avant les visiteurs et le plus important.. le chauffage
    L’ idée est ambitieuse et inspirante, mais sa mise en œuvre nécessite une vision globale, un engagement réel des acteurs concernés, de la patience et un travail rigoureux orienté objectifs …sans cela, la neige restera simplement un spectacle que l’on admire avant de repartir, sans générer de véritable valeur humaine et économique ni de développement durable pour nos régions montagneuses…

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